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À Dire PÔLE ÉCRITURE
28 juin 2026

J’ai vu "Gourou", un film d’Yves Gozlan

La salle s’éteint et me voici brutalement immergée dans une foule en liesse qui acclame un gaillard vociférant dont le slogan « Ce que tu veux, c’est ce que tu es ! » semble convainquant, repris en cœur par les adeptes. L’écart entre ce que nous voulons et ce que nous sommes est aboli dans un monde séduisant de toute puissance ! Je me sens à la fois transportée et terrifiée par cet engouement. Emportée malgré moi dans le flot salvateur d’un torrent bouillonnant, fascinée par l’ascendant et le talent de ce leader charismatique. Et en même temps habitée par la méfiance et l’incrédulité. Incapable d’adhérer à un tel enthousiasme, je me rebelle dans l’horreur, sentiment qui se confirme dans la suite du film.

Cette fiction est remarquable par la démonstration de l’emprise d’un gourou sur ses disciples et des conséquences avilissantes de cette dépendance jusqu’à ce que mort s’en suive… Un quidam naïf, touchant de bonne volonté et soumis à l’influence démoniaque du coach applique scrupuleusement les dictats de ce dernier qui précipitent la perte de ses repères. Tel un animal domestique qui guette la moindre caresse, Julien (joué par Anthony Bajon) devient complètement dépendant de cette relation affective qui finit par peser à son maître Mathieu (joué par Pierre Niney). Privé de reconnaissance, notre sujet sombre dans le désespoir et commet l’irréparable. Les engrenages de ce thriller nous emmènent irrémédiablement dans l’escalade de la destruction et de la violence.

Même si l’aspect caricatural de cette histoire nuit à sa crédibilité, elle me semble riche d’enseignements pour nous coachs et thérapeutes. La tentation est grande d’user de notre influence sur les personnes sous prétexte d’efficacité et de profiter de notre pouvoir pour manipuler les groupes dans l’intention de transmettre et de faire école. Si nous ne sommes pas vigilants, notre besoin narcissique peut nous jouer des tours et entraîner quelques dérives abordées précédemment dans le N°4 de notre Revue A-Dire « De l’influence à l’emprise » et dans le N°5 « De l’emprise à la déprise ».

Par ailleurs, il me semble que ce film illustre parfaitement la représentation du développement personnel dans notre société entretenant le culte du bien-être et la promesse illusoire « d’un niveau de conscience jamais connu ». Si le coaching est explicitement visé, toutes nos pratiques thérapeutiques sont implicitement concernées par ces soupçons lucratifs et ces risques abusifs. Par exemple, la convocation des instances administratives qui place le coach en position de justifier sa pratique pour obtenir l’autorisation d’exercer est significative :

-Vous craignez que le coaching soit une porte d’entrée vers des dérives sectaires ?

-On ne va pas demander un diplôme d’État à chaque coach !

-Pourquoi pas ?

Cette procédure, telle que relatée dans le film, rappelle étrangement la législation du titre de psychothérapeute que nous avons subie à nos dépens il y a une quinzaine d’années. Pour ma part, je pense important de réussir à nous démarquer de ces tendances dangereuses en légitimant notre exercice professionnel grâce à nos chartes déontologiques et en ouvrant une réflexion éthique telle que celle que nous promouvons dans ces pages.

Chantal Masquelier-Savatier

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