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À Dire PÔLE ÉCRITURE
29 juin 2026

J’ai lu "Risking being alive"

(Prendre le risque d’être vivant) (1)

J’ai choisi ici ce livre en anglais (non traduit) disponible uniquement sur le marché d’occasion. Datant des années 70-80, il appartient avec d’autres à une même veine, à savoir la gestalt-thérapie comme exploration et comme entrainement, la gestalt-thérapie qui déborde du cabinet de thérapie pour colorer nos vies de gestalt-thérapeutes.

Il s’agit d’un ouvrage généraliste : co-création de trois auteurs (et d’un illustrateur aussi, rendant le livre plus expressif). Présenté comme « une collection d’idées, d’expérimentations et de lectures », l’idée de ce livre est d’introduire certains outils que l’on peut utiliser « pour augmenter l’acuité avec laquelle on voit et on est en relation avec le monde », un peu comme les outils dans l’atelier d’un charpentier.

Le titre je trouve est déjà intéressant en soi : risquer d’être en vie, prendre le risque d’être vraiment vivant. Au premier chapitre, chacun des auteurs se confie sur ce qu’il a reçu de la gestalt-thérapie et veut faire partager. Pour l’un, c’est aiguiser son awareness (conscience immédiate) du monde autour de lui et la manière dont il interagit avec autrui. Il dit aussi qu’il a changé sa vision, qu’il voit maintenant que toute chose est dans un constant processus de changement. Il dit encore qu’il a foi dans son adaptabilité et sa capacité à retomber sur ces pieds. Et enfin qu’il fait confiance à ce qu’il voit et ce qu’il ressent plutôt qu’à ce qu’il pense qu’il voit et qu’il ressent.

Pour un autre des auteurs, c’est le côté expérimental de la gestalt-thérapie qui l’a fasciné : le fait d’être invité à découvrir comment il réagit dans différentes situations, et comment c’est d’être lui.

Il est pointé aussi qu’avec la prise de conscience, le nombre de choix possibles de comportement ou d’action augmente, et aussi la conscience de sa propre responsabilité. Conscience immédiate, choix, responsabilité : nous voyons déjà des éléments-clés de la prise de conscience en gestalt-thérapie.

Un peu typique de cette époque (fin des années 70, début des années 80), l’accent est mis sur « l’entraînement à la conscience », entraînement individuel même s’il a lieu en relation. Il y a par contre très peu sur le champ, l’influence immédiate du champ dont chacun de nous faisons partie.

Le livre est en deux grandes parties qui sont pour faire simple :

Utiliser les outils de base, et

Constituer un cabinet avec certains éléments de travail thérapeutique.

Le premier des outils est bien sûr la conscience et la connaissance progressive de nos techniques d’évitement. À noter que conscience est ici dans le sens de conscience immédiate, de porter attention au réel, à ce qui est en train de se passer ici et maintenant. Nous apprenons aussi à connaître de quelle(s) manière(s) nous quittons momentanément cette conscience.

L’ouvrage est assez peu théorique et contient un grand nombre d’expérimentations ou exercices proposés au lecteur. Ce qui est cohérent avec le caractère non-dogmatique de la thérapie décrite ici : essayez et voyez ce que ça donne. Pour donner quelques exemples d’expérimentation :

Exercice de responsabilisation (p.37) : prenez une personne que vous n’aimez pas et imaginez que vous avez une conversation avec elle. Faites bien ressortir une qualité ou un comportement que vous n’aimez pas chez elle. Puis imaginez maintenant prendre sa place et incarnez un moment cet aspect que vous n’aimez pas. Regardez si c’est facile ou pas. Demandez-vous si vous-même pourriez avoir cet aspect-là.

Exercice sur le contact-retrait (p.63) : l’expérience est ici, assis face à un.e partenaire sans parler, d’alterner entre placer son attention sur l’intérieur de l’organisme et la faire se promener dans l’environnement, entre donc aller contacter l’extérieur et se retirer un moment en soi-même. Faire l’expérience de ce va-et-vient.

Exercice sur la déflexion (p.83) : dans un cadre festif, remarquez que souvent on change de sujet de façon discontinue. Voyez si cela arrive en particulier quand l’un des participants à la conversation va toucher des sujets plus sensibles ou personnels. Voyez s’il vous arrive d’être gêné.e et remarquez comment vous évitez d’explorer le sujet qui a provoqué un tel sentiment. Vous pouvez même tester cela davantage en abordant vous-même des thèmes plus personnels et observez comment ils peuvent être défléchis.

Notez que ces expérimentations peuvent très bien se faire dans les interactions sociales ordinaires ; elle ne se limitent pas au contexte clinique.

Finalement, le livre laisse un goût d’excitation, de joie, et je dirais d’appréciation de l’ordinaire. Il demande à être lu plusieurs fois, en faisant une expérimentation nouvelle à chaque fois.

Olivier Winghart

(1) J. Oldham, T. Key, I. Yaro Starak: Risking being alive. PIT Publishing, 1978, édition révisée 1981 (158p).

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